Relations de presse et sport féminin: comment se démarquer auprès des médias
À l’heure où les journalistes reçoivent une avalanche de propositions chaque semaine, se démarquer devient un exercice parfois décourageant. C’est précisément cette réalité qu’ont abordée Camille Asselin et Katia Aubin lors d’un atelier consacré aux relations de presse qui s’est déroulé dans le cadre de la troisième édition de L’Élan, le grand rassemblement de La Lancée. Deux professionnelles qui, chacune à leur façon, travaillent quotidiennement avec des organisations cherchant à mieux positionner leurs initiatives dans l’espace public, notamment dans le milieu du sport et de l’activité physique au féminin.
D’entrée de jeu, un constat s’impose: les journalistes sont débordé·es. Selon les données présentées, ces dernier·ères reçoivent en moyenne une centaine de propositions de sujets par semaine. Communiqués, courriels, appels, messages sur les réseaux sociaux… la liste est longue. Et le chiffre qui frappe le plus: près des trois quarts des journalistes jugent ces propositions peu ou pas pertinentes pour leur travail. Autrement dit, l’enjeu n’est pas d’envoyer plus, mais d’envoyer mieux.
Pour les organisations et les personnes influentes dans les secteurs du sport et de l’activité physique, le défi est encore plus marqué. Au Canada, à peine 15% de la couverture sportive concerne les sports féminins. Au Québec, seulement 11,8% de la population se dit satisfaite de cette couverture. Dans ce contexte, chaque occasion médiatique compte et chaque approche doit être réfléchie. Le plein air, quant à lui, réussit à tirer son épingle du jeu en termes de couverture médiatique.
Au Canada, à peine 15% de la couverture sportive concerne les sports féminins.
Source: Wasserman, 2023
Un écosystème médiatique en pleine mutation
Les médias ne fonctionnent plus comme avant. Balados, infolettres, chaînes YouTube, comptes TikTok, médias indépendants et créateur·trices de contenu spécialisé·es occupent désormais une place centrale dans la circulation de l’information. Les points d’entrée se sont multipliés, tout comme la concurrence pour capter l’attention.
Cette transformation, Camille Asselin la constate quotidiennement sur le terrain. À titre de conseillère principale en relations publiques, experte sports et communauté de l’agence Canidé, elle accompagne des athlètes, des fédérations sportives, des OBNL et des marques pour faire rayonner leur mission, leurs histoires et leurs engagements. Lors de l’atelier, elle a illustré ces enjeux à partir d’exemples concrets, directement issus de mandats récents.
Parallèlement, les salles de rédaction se sont rétrécies. Il y a moins de journalistes spécialisé·es, davantage de généralistes, et beaucoup moins de temps pour approfondir. Le cycle de nouvelles s’est accéléré, la pression liée au contenu cliquable et au référencement web influence les choix éditoriaux, et les ressources sont plus limitées que jamais. Comprendre cette réalité est essentiel pour adapter son approche.
70% des journalistes québécois·es préfèrent recevoir un pitch qu’un communiqué de presse.
- Tiré de l'atelier de Camille Asselin et Katia Aubin
Cinq pratiques qui augmentent réellement les chances de succès
Les animatrices ont proposé une méthode claire pour maximiser ses chances d'obtenir une couverture médiatique :
- Penser en termes d’histoire plutôt que de communiqué
Pourquoi ce sujet mérite-t-il l’attention maintenant? En quoi est-il pertinent pour le public de ce média précis? - S’appuyer sur un·e porte-parole solide et disponible
La crédibilité, la préparation et la capacité de répondre clairement aux questions sont essentielles. - Faciliter le travail du ou de la journaliste
Un kit média bien structuré — citations, données clés, visuels de qualité, document synthèse — peut faire toute la différence. - Miser sur le bon timing et, lorsque possible, sur l’exclusivité
Une primeur bien expliquée vaut souvent plus qu’un envoi massif. - Personnaliser l’approche, réellement
Montrer qu’on connaît le média, son ton, ses enjeux et son public.
Sur ce point, Katia Aubin, fondatrice de Pivot collectif, a insisté sur l’importance du positionnement stratégique derrière chaque démarche médiatique. Selon elle, un bon pitch ne vit jamais en vase clos: il s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’identité de l’organisation, ses objectifs et la cohérence de ses messages.
Les erreurs qui nuisent aux démarches médiatiques
Certaines erreurs reviennent encore trop souvent: adopter une approche rigide et dépassée, négliger les données chiffrées, proposer un·e porte-parole indisponible ou peu crédible, rater le bon moment ou multiplier les suivis sans personnalisation. D’autres oublient encore le potentiel des médias régionaux, des plateformes émergentes ou des créateur·trices de contenu, pourtant souvent très engagé·es auprès de leur communauté.
Le pitch: une première impression décisive
Un bon pitch n’a rien de compliqué, mais il doit être humain. Quelques paragraphes suffisent, à condition d’aller droit au but. Les animatrices ont d’ailleurs rappelé que la plupart des erreurs ne relèvent pas d’un manque d’idées, mais d’un manque de clarté. Trop souvent, on veut tout dire. Or, faire des choix et assumer un angle fort dès les premières lignes est ce qui permet de capter l’attention.
L’objet du courriel joue lui aussi un rôle clé. Court — idéalement entre six et dix mots — il doit être lisible sur mobile et susciter l’intérêt dès le premier coup d’œil.
Oser sortir du cadre
Un conseil a particulièrement marqué les esprits: réfléchir à une règle qu’on pourrait volontairement briser. Une règle de son industrie, des relations publiques ou même de ses propres habitudes. Cette audace, lorsqu’elle est réfléchie, permet souvent de se démarquer là où les approches conventionnelles atteignent leurs limites.
« Ça m’aide beaucoup: Quelle règle je pourrais briser pour attirer l’attention? »
- Katia Aubin
Miser sur des relations durables
Enfin, un principe fondamental a été rappelé: les relations de presse reposent avant tout sur des relations humaines. Il ne s’agit pas de solliciter un·e journaliste uniquement lorsqu’on a besoin de visibilité, mais aussi de s’intéresser à son travail, de partager une information pertinente ou de souligner un article marquant. Ces gestes simples contribuent à bâtir une relation de confiance durable.
En quittant l’atelier, les participant·e·s sont reparti·e·s avec des outils concrets et une compréhension plus fine des règles (et des non-dits) qui façonnent les relations de presse aujourd’hui. Une approche fidèle au travail que mènent Camille Asselin et Katia Aubin auprès des organisations qu’elles accompagnent: outiller, clarifier et créer des conditions favorables au rayonnement, particulièrement pour l’avancement féminin en sport et activité physique, encore trop peu visible dans l’espace médiatique.
À lire aussi sur La Lancée