Confiance en soi des filles et des femmes: pourquoi est-il important d’agir tôt?

Avoir peur du ballon, être allergique aux sports d’équipe, prétexter une blessure pour rester sur le banc… Ces comportements vous rappellent quelque chose? Pour bien des filles, devoir prendre part à une activité sportive peut être suffisamment désagréable pour tenter d’éviter toutes les occasions d’en pratiquer. À tort ou à raison, plusieurs d’entre elles jugent très sévèrement leurs habiletés et préféreront se retirer plutôt que de participer. Comment faire pour éviter que nos jeunes filles grandissent en ayant si peu confiance en leurs moyens en contexte de pratique sportive?

 

L’efficacité personnelle, vous connaissez?

D’abord, explorons le concept d’efficacité personnelle qui est au cœur de la question soulevée en introduction. Le sentiment d’efficacité personnelle réfère à la croyance qu’une personne possède en sa capacité d’atteindre des buts ou de faire face à différentes situations. Ce sentiment constitue un déterminant important de la motivation et de la persévérance, puisqu’il teinte nos sentiments, nos pensées, de même que nos comportements (Bandura, A. (1997). Self-Efficacy: The Exercise of Control. Macmillan). 

Alors dans un contexte de pratique sportive, le sentiment d’efficacité personnelle d’une jeune fille pourra être élevé devant l’idée de jouer au baseball, et ce même si elle n’y a jamais joué, si elle a confiance en sa capacité de se débrouiller devant ce nouveau défi. D’où lui provient cette confiance? Peut-être a-t-elle déjà joué au tennis ou même au golf? Elle sait alors qu’elle pourra  réinvestir les habiletés acquises lors des autres activités dans sa pratique du baseball. Pour y arriver, cette jeune fille compte donc sur ses expériences passées.

Efficacité personnelle des filles : des barrières importantes

En 2014, l’avis de Kino-Québec intitulé L’activité physique et sportive des adolescentes: bilan, perspectives et pistes d’action soulignait d’importantes barrières des filles liées à leur efficacité personnelle.

  • Elles sont moins tentées de s’initier à de nouvelles activités physiques si elles se sentent maladroites ou si elles craignent l’échec;
  • Elles craignent d’être pointées du doigt si elles exécutent mal un exercice;
  • Elles n’aiment pas être forcées de montrer leurs habiletés physiques devant leurs pairs et peuvent se sentir gênées en présence des garçons et craindre de s’exposer à leur jugement.

L'important, c’est d’agir tôt!

Là où le bât blesse, c’est que bien des fillettes semblent déjà présenter des lacunes en matière d’habiletés dès leur entrée à la maternelle, alors que bien des garçons ont déjà une belle confiance en eux en matière de sports au même âge. Notre façon de nous comporter avec les tout-petits, les activités que nous leur proposons, de même que les aptitudes que nous valorisons chez eux sont au nombre des éléments qui peuvent avoir une influence sur la confiance des filles en contexte d’activités physiques. 

Joël Beaulieu, consultant en motricité et pédagogie sportive, sillonne les routes du Québec depuis plusieurs années afin d’outiller les enseignant·es et les éducateur·trices, et ainsi soutenir les écoles et les milieux de garde dans leur offre d’activités pédagogiques destinées à améliorer les habiletés motrices des enfants. D’après son expérience, les intervenant·es sur le terrain doivent travailler à se défaire de leurs préjugés basés sur le genre. Durant la petite enfance et au cours des premières années du primaire, il existe assez peu de différences entre les filles et les garçons. Par conséquent, les filles devraient être encouragées à participer activement à autant d’occasions stimulantes de s’activer que les garçons. M. Beaulieu remarque que dans le cas contraire, la longueur d’avance des garçons s’exprime notamment dans les sports d’équipe, puisque les filles n’ont pas eu l’occasion de développer leurs habiletés à manipuler des objets (ballons, balles, bâtons, etc.) qui sont essentielles à la pratique de plusieurs sports. Dès lors, les filles ont tendance à se dévaloriser, à croire que le sport n’est pas pour elles, et la route vers l’abandon de la pratique est toute tracée.

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Quelques trucs pour que les filles développent leurs habiletés motrices

  • Dès le plus jeune âge et aussi souvent que possible avant l’âge de 10 ans :
  • proposons aux jeunes filles de prendre part à une grande variété d’activités qui leur permettront de développer leurs habiletés motrices de base (comme courir, sauter, attraper, lancer, nager, etc.);
  • diversifions les environnements de pratique, soit au sol, dans les airs, dans l’eau, sur la neige et sur la glace;
  • valorisons le fait d’être une « sportive » chez les filles, afin de les encourager à se percevoir ainsi pour des années à venir;
  • évitons de propager des stéréotypes de genre en encourageant les groupes de fillettes à développer de façon préférentielle leurs habiletés fines (par le bricolage, par exemple) au détriment de leurs habiletés motrices globales (par la participation à des jeux actifs à l’extérieur, par exemple). 

Nombreuses sont les femmes qui réalisent à l’âge adulte seulement qu’elles peuvent ressentir du plaisir à être actives, alors qu’elles ont toujours cru que l’activité physique, ce n’était pas pour elles. Un manque d’habiletés physiques et motrices affecte le sentiment de compétence des filles. C’est d’ailleurs le deuxième facteur le plus important associé à la diminution du plaisir lié à l’activité physique chez les filles. 

Offrons aux filles, adolescentes et femmes tous les outils dont elles ont besoin pour s’activer avec plaisir, toute leur vie durant, afin de pouvoir bénéficier de tous les bienfaits de l’activité physique.

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